Objection Votre Honneur



Publi le mardi 15 janvier 2008


Mardi 15 janvier 2008

L'humanité fonce vers un mur de béton et l'Inst. Économique de Montréal appuie sur l'accélérateur

 

Les idées simplistes et irresponsables de l’Institut Économique de Montréal (IEDM)

 

Onze idées supposément «chocs» de l’Institut Économique de Montréal pour secouer le Québec, publié dans le Journal de Montréal, édition du samedi 12 janvier 2008. Analyse et commentaires sur ces suggestions capitalistes.

 

Hausser les droits de scolarité; Hausser les droits de scolarité sans s’attaquer à l’ensemble des problèmes de l’enseignement supérieur revient à siphonner un peu plus les étudiants pour entretenir la médiocrité du système. Plus d’argent ne règlera pas la gestion médiocre, l’enseignement médiocre et les diplômes tout aussi médiocres de la plupart de nos universités. Mais ce qui intéresse avant tout l’ICS c’est la poursuite de la folie du béton de l’U.de M. dans la cour de triage d’Outremont. Le reste c’est le problème du gouvernement.

 

Les assistés sociaux au boulot; Occuper les assistés sociaux dans les secteurs public et parapublic à visiter et à promener les malades ou à nettoyer les parcs etc. L’IEDM se garde bien de suggérer l’implication du privé. Occupez-les, mais nous on ne veut pas les avoir dans nos pattes. Le secteur privé déporte en Asie des centaines de milliers d’emplois manufacturier et demande ensuite au gouvernement de créer au frais des contribuables des programmes occupationnels pour faire semblant de rentabiliser les prestations d’aide sociales. L’économie sociale et le retrait des coupures de prestation mesquines aux assistés qui travaillent à temps partiel sont des approches plus réalistes qui n’entraînent pas de coût additionnel pour le gouvernement.

 

Le décrochage scolaire; Créer un corps d’élite de 1000 professeurs et 1000 employés de soutien non syndiqués payés $20 000 de plus que les autres dans le système pour 25 écoles de «performance» en milieu défavorisé. C’est de la pensée magique de croire que l’argent peut régler le décrochage scolaire sans vraiment comprendre la problématique qui dépasse largement  l’incompétence, l’épuisement ou la démobilisation des enseignants. Le ministère de l’éducation ne sait plus ou il va. Il farfouille d’une réforme à l’autre depuis des décennies. Utopique aussi de priver des professeurs du droit d’association garantis par la charte des droits. Enfin c’est super arrogant de suggérer de congédier sans les professeurs de faible rendement alors que les multinationales versent des millions en bonis à des PDG non performant remerciés en raisons des piètres résultats de l’entreprise. Peu importe le résultat de cette utopie, le résultat assuré serrait une injection annuelle de $40 millions de fonds publics dans l’économie. Là est la motivation de l’IEDM. Quelqu’un à une idée compétente et responsable pour améliorer le système d’éducation? L’autonomie des écoles par exemple?

 

Les fonctionnaires payés au rendement; On aura beau ajouter un boni de rendement aux augmentations annuelles du coût de la vie, ce sera un coup d’épée dans l’eau.  Tant que les ministères fonctionneront en silos et que la fonction publique obèse sera gérée par une myriade de petits roitelets incompétents, qui ne font travailler leur personnel pour entretenir ou faire grossir leur royaume futile au lieu de servir la population, le résultat net de cette utopie serait d’épaissir la pile des rapports tablettés. À titre d’exemple, $40millions en bonis de rendement on été versé aux employés de la Caisse de Dépôt pour 2006 et ils n’ont pas été foutus d’éviter en 2007 la crise du papier commercial. Pourtant le personnel compétent de la banque Goldman Sachs de New York, a su évaluer correctement ce risque au lieu de se fier bêtement aux agences de cotation médiocres.. Ici encore ce qui intéresse surtout l’IÉDM ce sont les millions de fonds publics que ce boni de rendement supplémentaire injecterait dans l’économie peu importe son effet sur l’efficacité de la fonction publique.

 

Le secteur public soumis à la concurrence; En apparence l’idée n’est pas mauvaise et en début de réalisation des premiers contrats, le privé se montrerait raisonnable pour ne pas éveiller de soupçons sur le contenu de son cheval de Troie. Mais tôt plutôt que tard, la cupidité et l’irresponsabilité du milieu des affaires entrainerait inexorablement une diminution du service pour une maximisation du profit, le tout avec la complicité des petits valets politiques dont on aurait acheté le silence et l’aveuglement volontaire. Une frontière nette d’imputabilité doit être maintenue entre le public et le privé.

 

La médecine à deux vitesses; C’est un mythe de prétendre que le privé en santé est plus performant et moins cher que le public. Oui à la 2e vitesse en santé mais à condition qu’elle soit privé à 100%. Ceux qui en ont les moyens y auront accès sans déduction d’impôt particulière. Il ne faut pas que la médecine privée se développe au dépend des ressources et des fonds publics. Les profits scandaleux des pharmaceutiques coûtent déjà trop cher au trésor public. Bravo aux médecins qui ont eut l’audace de quitter le public pour ouvrir leur clinique totalement privée. Honte à la clinique Rockland qui parasite le budget de l’hôpital Sacré-Cœur.

 

Hausser le prix de l’Hydroélectricité; Il faut augmenter aussi le prix de toutes les formes d’énergie via des taxes à la pollution. Les utilisateurs de mazout et de gaz naturel doivent aussi être incités à l’économie et à l’efficacité énergétique. Les revenus additionnels devraient servir à rembourser la dette qui coûte plus cher en intérêt que le rendement du fonds des générations. Fond dans lequel le gouvernement pourrait être tenté de piger en s’inventant une urgence. Une partie des revenus additionnels pourrait aussi être affecté à des programmes d’efficacité énergétique ou au développement de nos interconnections d’exportation d’électricité. Pas question de baisser les impôts pour compenser une hausse des tarifs d’électricité tant que le Québec n’aura pas réduit son ratio de dette à 25% du PIB. Là était la passe passe de l’IEDM pour faire sortir des fonds publics.

 

La retraite à 67 ans; Après 30 ans de service dans le stress du milieu de travail d’aujourd’hui, il serait ignoble de pénaliser un employé qui souhaite prendre sa retraite à 60 ou 65 ans. De toute façon qu’aurait à gagner un employeur obligé de garder un travailleur démotivé ou psychologiquement épuisé? Le maintien au travail passé l’âge de la retraite doit s’effectuer par le processus normal de l’offre et de la demande. S’il y a pénurie de main-d’œuvre les employeurs devront hausser la rémunération en augmentant la productivité et en réduisant leur profit pour demeurer concurrentiel. Volontairement les travailleurs motivés vont demeurer au travail plus longtemps et pourront plus facilement absorber la hausse des contributions à la RRQ.

 

Abolir la taxe sur le capital ;  Seulement pour les entreprises qui déclarent la totalité de leurs profits au Québec. Maintenir la taxe sur le capital et imposer une taxe d’évasion aux entreprises qui déplacent leurs profits dans les paradis fiscaux pour éviter la fiscalité québécoise. Quant aux subventions, elles devraient être d’une duré maximale de 2 ans et réservées uniquement aux entreprises naissantes. Les avantages fiscaux devraient avoir une durée maximale de cinq ans non renouvelables et réservées uniquement aux entreprises de 200 employés ou moins qui ne bénéficient pas de subventions.

 

Hausser la TVQ à 9,5%.;  Pourquoi pas à 10% pour simplifier les calculs. Soyons pratiques. De plus hausser la TVQ à 15% pour les produits de $3000 et plus, les voitures de plus de $50000 et les maisons de plus de $300 000 en 2008 (les seuils seraient sujets à révision). En contrepartie baisser les impôts mais seulement de la classe moyenne soit les revenus inférieurs à $ 75 000. Augmenter les crédits de TVQ existants pour ne pas pénaliser les citoyens à faibles revenus.

 

Exportation de notre eau douce; Avant de penser à exporter l’eau douce il faudrait baliser soigneusement ce commerce. Jusqu’ici l’entreprise privée qui pompe les nappes phréatiques se foutent complètement des impacts sur les résidents environnants. Arrogant, cupide et socialement irresponsable, le privé doit être encadré serré afin de protéger adéquatement la population. Ensuite le commerce de l’eau doit être exclut de tout traité commercial et de entente politique. Le gouvernement doit conserver une autonomie absolue de décision quant aux quantités, aux lieux de ponction, aux redevances perçues et à tout autres aspects de ce commerce y inclus l’interruption temporaire ou permanente d’exportation. Le pompage des nappes phréatiques devrait être interdit, là où celles-ci alimentent des agglomérations, des agriculteurs ou des résidents permanents ou villégiateurs. Le niveau des redevances devrait être fixé de façon à limiter le profit des exportateurs à 10%. Tout dépassement deviendrait redevable à 100% au gouvernement du Québec. Le silence de l’IEDM sur ces considérations extrêmement importantes en dit long sur son sens des responsabilités civiles.

 

Conclusion : Certaines des idées que propose l’IEDM sont des utopies déguisées en solutions vertueuses dont le seul but est de faire sortir des fonds publics pour alimenter la machine à profit du privé. D’autres sont susceptibles d’aider le Québec à condition que le privé soit tenu en laisse avec un câble d’acier trempé. La cupidité et l’absence d’implication du privé qui se dégage des onze suggestions de l’IEDM  porte à plutôt percevoir cet organisme comme l’Institut du Capitalisme Sauvage. Avant de vouloir secouer la société québécoise, L’IEDM devrait commencer par reconnaître que son paradigme du profit et de la croissance économique sans fin n’a plus de sens en fonction de l’état de dégradation et des ressources limitées de la planète. Reconnaître l’incompétence du milieu d’affaires québécois et sa dépendance maladive des fonds publics. L’IEDM devrait avoir la créativité de définir un nouveau capitalisme humain, écologique et socialement responsable. En faire une véritable innovation québécoise. Prendre la relève des groupes sociaux et environnementaux qui ont commencé à faire évoluer ce milieu d’affaires médiocre et dépassé. Grâce à l’action de ces groupes, certains entrepreneurs modernes comme les Groupes Prével et Devimco  proposent maintenant des projets mieux planifiés, socialement plus acceptables et financés à 100% par le privé. Malheureusement une majorité de gens d’affaires n’ont rien appris de l’échec des projets polluants, inutiles, socialement inacceptable ou carrément aberrant comme le Suroît, le CHUM à Outremont ou le Casino au bassin Peel. Ils appuient l’inutile, le polluant, le nuisible, le risqué et le très mal situé projet de port méthanier Rabaska à Lévis.

 

Au lieu d’être le leader d’un nouveau capitalisme écologique et responsable, L’IEDM se contente de surfer sur la vague du capitalisme sauvage. L’inquiétant c’est que les chefs politiques,  les médias et même certains universitaires sont en admiration béate devant ce groupe de pression du capitalisme cupide et irresponsable qui contribue au saccage de la planète. L’humanité fonce à grande vitesse vers un mur de béton et  l’IEDM fait partie de ceux qui appuient sur l’accélérateur.